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Le
vote stratégique
Strategic
Voting
Le
Devoir
by
Bernard Descôteaux
June 6, 2004
Original
version en français
unofficial translation by L. Kaye
Original
version en français
Le
vote stratégique
par Bernard Descôteaux
Édition
du samedi 5 et du dimanche 6 juin 2004
Mots clés : Canada (Pays), Élection, vote stratégique
En campagne électorale,
tous les arguments sont bons, surtout quand les choses vont mal pour
un parti. Il en est ainsi pour le Parti libéral qui, voyant
que le charme n'opérait plus auprès des nationalistes
québécois, tente maintenant de les culpabiliser en les
rendant responsables de l'élection possible des conservateurs
de Stephen Harper.
Au moment de faire son entrée en scène comme lieutenant
de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre avait cherché
à convaincre les nationalistes qu'ils seraient aussi bien représentés
à Ottawa par les libéraux que par les bloquistes. Comme
preuve de son engagement, il dénonçait la loi Chrétien-Dion
sur la clarté. Sans effet au Québec, ce discours a plutôt
eu pour conséquence d'inquiéter au Canada anglais. L'accent
a alors été mis sur la nécessité pour
les Québécois de voter du côté du pouvoir.
Puis, hier, nouveau discours : voter pour le Bloc québécois
équivaudrait à livrer le Québec aux conservateurs.
Jean Lapierre
avait bien dit avant le déclenchement des élections
qu'il n'y aurait pas de campagne de publicité négative
au Québec. Il y vient aujourd'hui tout simplement par nécessité.
Alors que de larges pans de l'Ontario glissent de façon inattendue
vers les conservateurs, il est contraint de tenter de réaliser
un minimum de gains au Québec. Comme il ne reste plus que deux
vraies semaines de campagne électorale en raison du congé
de la Fête nationale, il y a urgence. Le ton monte.
La tactique à
laquelle les libéraux ont recours est celle de la démonisation
par association de l'adversaire. L'extrémiste Harper est ce
diable qui se cache sous les habits du progressiste Duceppe. Il y
a quelques années, Lucien Bouchard avait ainsi associé
Mike Harris et Jean Charest. Le jour du scrutin, ce dernier avait
malgré tout remporté la pluralité des voix. Jean
Lapierre avait raison de dire, il y a quelques semaines, que les Québécois
sont peu portés sur le fiel.
Si ce n'est par conviction, c'est donc par stratégie qu'il
faudrait voter pour les libéraux, qui se voient comme le seul
rempart contre la grande noirceur qu'imposerait un éventuel
régime Harper. Dans la conjoncture actuelle, le Bloc québécois
pourrait tout aussi bien être ce rempart... à moins que
les libéraux ne nous cachent qu'un balayage conservateur est
imminent et que Stephen Harper dirigera un gouvernement majoritaire.
C'est d'un gouvernement minoritaire qu'il est plutôt question
à ce moment-ci, ce qui, par ailleurs, n'est pas acquis.
Les positions de Stephen Harper sur l'avortement, les armes à
feu, le bilinguisme ou le mariage entre conjoints de même sexe
ne sauraient trouver d'échos favorables au Québec. Si
un éventuel gouvernement conservateur tentait de mettre en
oeuvre son programme, libéraux comme bloquistes se lèveraient
d'un seul bloc pour lui barrer la route. Jean Lapierre et Gilles Duceppe
se retrouveraient du même côté. Il n'y a pas de
doute à ce sujet.
Le discours de
Jean Lapierre mériterait qu'on s'y arrête si le Bloc
avait quelque velléité de s'engager dans une alliance
avec les conservateurs. À ce propos, les positions de Gilles
Duceppe sont claires. Il ne participera à aucun gouvernement
de coalition, que ce soit avec les conservateurs ou avec les libéraux.
Aux uns comme aux autres, il ne donnera son appui qu'à la pièce
et qu'en fonction des intérêts qu'il jugera être
ceux du Québec. Dans les circonstances, un vote pour le Bloc
est tout à fait légitime, tout comme un vote pour le
Parti libéral, le NPD ou le Parti conservateur. Ceux qui votent
par conviction sont rarement déçus de leur choix, ce
qui n'est pas le cas de ceux qui font un vote stratégique.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Unofficial translation provided
by L. Kaye
Strategic
Voting
by
Bernard Descôteaux
Source:
LeDevior - Sunday, June 6, 2004 Edition
In an election
campaign, all arguments are worthwhile, especially when things are
going badly for a party. That's the story for the Liberal Party which,
seeing that it could no longer charm Quebec nationalists, is now trying
to make them feel guilty by making them responsible for the possible
election of Stephen Harper's Conservatives.
When starting
off as Paul Martin's lieutenant in Quebec, Jean Lapierre had tried
to convince the nationalists that they would be as well represented
in Ottawa by the Liberals as by the Bloc. As proof, he denounced the
Chrétien-Dion Clarity Act. Ineffective in Quebec, this speech
caused some concern in English Canada. The emphasis was then shifted
to the need for Quebeckers to side with those in power. Then, yesterday,
a new speech: to vote for the Bloc would amount to delivering Quebec
to the Conservatives.
Jean Lapierre
had said well before the election call that there would be no negative
advertising campaign in Quebec. But quite simply out of necessity,
he has reversed himself. While large parts of Ontario slide unexpectedly
towards the Conservatives, he is forced to try and achieve minimal
gains in Quebec. As there are only two true weeks of election campaigning
left, because of the National holiday, there is an increasing tone
of urgency.
The tactic which
the Liberals are using is to condemn by association. The extremist
Harper is the wolf hiding in the progressive Duceppe's clothes. A
few years ago, Lucien Bouchard said the same of Mike Harris and Jean
Charest. On voting day, the latter had nevertheless won the majority.
Jean Lapierre was right to say, some weeks ago, that Quebeckers are
hardly moved by venom.
If not out of
conviction, then strategically, one should vote for the Liberals,
who see themselves as the only protection against the huge darkness
that the possibility of a Harper regime represents. In the current
situation, the Bloc Quebecois could very well also be this protection
unless the Liberals are hiding from us the fact that a conservative
sweep is imminent and that Stephen Harper will lead a majority government.
Right now, it's more likely a question of a minority government and
even that is unsure.
Stephen Harper's
positions on abortion, firearms, bilingualism or marriage of same
sex spouses would not be well received in Quebec. If eventually, a
Conservative government tried to put its programme in place, Liberals
as well as members of the Bloc would rise with one voice to block
it. Jean Lapierre and Gilles Duceppe would find themselves on the
same side. There is no doubt about it.
Jean Lapierre's
speech might deserve consideration if the Bloc had some vague desire
to undertake an alliance with the Conservatives. On this matter, Gilles
Duceppe's position is clear. He will not participate in any coalition
government, whether it's with the Conservatives or the Liberals. In
every case, he will only support case by case and only according to
whether he judges it to be in Quebec's best interests. Under the circumstances,
a vote for the Bloc is completely justifiable, just like a vote for
the Liberal Party, the NPD or the Conservative Party. Those that vote
by conviction are rarely disappointed with their choice, which is
not the case for those who vote strategically.
bdescoteaux@ledevoir.ca

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